Le long chemin du gaspillage
Avant d’arriver à notre assiette, nos aliments ont mobilisé énormément de ressources (pétrole, eau, gaz naturel, sol, etc.). On utilise des engrais à base de pétrole; on travaille le sol avec de la machinerie fonctionnant au diesel; on chauffe ou climatise au mazout ou au gaz naturel les bâtiments pour l’élevage ou pour l’entreposage; on transporte les aliments sur des milliers de kilomètres par bateau, par camion diesel ou pire encore par avion; sans oublier les emballages souvent composés de pétrole (plastique). Notre alimentation est somme toute très énergivore et très dépendante des énergies fossiles. En prenant en compte le trajet parcouru par chacune des matières premières (fraises, lait, levures, sucre, pot, couvercle, étiquette, etc.):
- Un pot de yogourt aux fraises aura parcouru jusqu’à de 9 000 km pour se rendre au consommateur.[1]
- Par ailleurs, une seule livre de bœuf aura requis 13 lbs de grains, 30 000 litres d’eau, 3,7 litres d’essence, 147 m2 de terre et produit 5,9 kg de CO2 et 40 lbs d’excréments.[2]
- Une tasse de café aura nécessité 136 litres d’eau.[3]
- En incluant ce qui est pris involontairement dans les filets de pêche, seulement 10% de la biomasse marine pêchée sera consommée.[4]
Bref, les impacts de notre alimentation sont nombreux et le gaspillage alimentaire semble un mal non nécessaire qui pourrait facilement être évité.
En savoir plus:
- Impacts liés à la consommation de viande: Les lundis sans viande
- L’empreinte en eau des aliments
- La production de gaz à effet de serre liés à votre alimentation: GES dans mon assiette – par WWF France
Réduction des déchets à la source
L’ensemble de matières organiques (incluant les résidus verts) que nous produisons au niveau domestique constituent plus de 40% du poid de notre sac à ordures. Les matières organiques sont une importante source de méthane, un gaz à effet de serre puissant, lorsque enfouies soit 46% des émissions de méthane au Québec. Lorsque ces matières se retrouvent à l’incinérateur, elles nuisent à la combustion complète des intrants, puisque des déchets secs brûlent davantage que des déchets humides. Même si ces matières feront bientôt l’objet d’une collecte municipale pour être compostées, il n’en demeure pas moins que l’impact du gaspillage de ces aliments est important. À moins de composter chez soi, ce sont de nombreux déchets qu’il faut collecter et traiter. Ces aliments embourbent inutilement les infrastructures municipales et coûtent cher collectivement autant au niveau économique, environnemental que social. Cela est sans compter que la production, la transformation, l’emballage, le transport des denrées alimentaires en amont nécessitent des ressources, produisent des émissions de CO2, des déchets et d’autres polluants. Composter ses matières reste toutefois l’option la plus souhaitable surtout si vous avez l’opportunité de le faire au niveau domestique.
En chiffres:
- En Angleterre, où 1 sac d’épicerie sur trois finit dans le dépotoir, on estime qu’éviter ce gaspillage pourrait éviter 15 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à enlever une auto sur cinq de nos rues.
- Pour chaque sac à ordure que vous mettez au chemin, vous pouvez estimer que vous avez généré l’équivalent de 5 autres sacs à ordure en plus lors des étapes de production de ces produits.
- En Amérique, on estime à plus 1 millard $ les dépenses liées au transport de cette nourriture gaspillée au dépotoir, et ce, sans compter la gestion de ces matières.
[1] WWF FRANCE. GES dans mon assiette.
[2] ATQ. Guide ressources: S’outiller face aux crises, 2010.
[3] LEONARD, Annie. Planète Jetable,éd. Écosociété, 2010, p.57
[4] LA SEMAINE VERTE. Comment réduire le gaspillage alimentaire, 20 novembre 2010, http://www.radio-canada.ca/emissions/la_semaine_verte/2010-2011/chronique.asp?idChronique=125311