Le gaspillage alimentaire traverse les frontières

Aucune surprise, le gaspillage alimentaire c’est une affaire qui touche toutes les populations. Je me voulais percutante avec un titre qui accroche mais dans les faits, il serait improbable de penser que le gaspillage alimentaire est une problématique des pays de l’Occident seulement.



Forcée d’admettre que, lorsque je voyageais, je ne m’attardais pas réellement au gaspillage alimentaire. Certes, je notais les situations choquantes comme les buffets surchargés, les déchets alimentaires dans les rues ou les portions abondantes dans les restaurants mais jamais je ne me suis penchée sérieusement sur la question du gaspillage alimentaire au niveau sociétal.

C’est lors de mon voyage de 3 mois au Moyen-Orient que j’ai constaté que la source et les actions prises dans cette région du globe étaient totalement distinctes par rapport à celles observées à la maison.

D’abord, il est intéressant de noter que le gaspillage alimentaire est une problématique aussi importante dans les pays du Moyen-Orient qu’elle l’est chez nous. Le tiers des aliments produits seront mis à la poubelle. Certainement, nous battons des records : plus de 300kg de nourriture sont gaspillés par personne par an en Amérique du Nord contre environ 230kg au Moyen-Orient. J’en conviens, nous ne sommes pas un bon exemple comparatif mais, le résultat est le même. On gaspille partout sur la planète. Mais pour quelle raison? En fait, c’est là que la distinction est la plus importante. De manière simpliste, en Occident nous gaspillons parce que nous sommes riches et que nous aimons l’abondance. Nous pouvons nous « permettre » de gaspiller… Contrairement aux pays en voie de développement ou sous-développés, on note que le gaspillage alimentaire se fait majoritairement directement dans les champs et que le gaspillage lié à la consommation est quasi nul. Le manque d’infrastructures adéquates et l’insuffisance d’habiletés et de connaissances des agriculteurs sont les premières causes.

Mon expérience au Moyen-Orient se situe particulièrement dans les pays développés tels que le Liban, l’Égypte et, prochainement, la Jordanie et l’Israël. Considérant que ces pays sont développés au même titre que le nôtre, ils devraient gaspiller pour les mêmes raisons que nous, non? Et bien, je n’en suis pas si sûre. Dans ces pays, c’est plutôt la culture et les traditions qui contribuent principalement le gaspillage alimentaire. Par exemple, au Liban, tous les repas s’accompagnent de pain puisque les « mezzés » traditionnels, faisant partie de la culture alimentaire du pays, sont des trempettes, des purées ou des morceaux de viande où le pain pita devient l’ustensile pour les déguster. Mais lorsqu’on vous sert un plat, on vous offre une abondance de pain puisque celui-ci est produit en quantité incroyable et qu’il accompagne tous les plats. Ensuite, les restes sont jetés…même si vous n’avez touché aucun pain dans le petit panier au centre de la table. On gaspille aussi énormément lors du Ramadan. Cette tradition religieuse favorise les plats copieux et abondants lors des périodes de rassemblement mais génère énormément de déchets alimentaires inutiles. La tradition établie des plats spécifiques au Ramadan; soupe aux lentilles, fattouche, hummus et d’autres « mezzés » en entrée et ensuite le plat principal souvent bourratifs qui s’ensuit des nombreuses sucreries, baklavas, noix et fruits séché. Le plaisir de bien recevoir sa famille lors de cette période engendre aussi l’abondance de la nourriture sur la table. Les hôtes veulent bien recevoir et partager ce moment de fête et de festin avec leurs proches.

Les traditions et la culture sont donc la source du gaspillage alimentaire dans cette partie du monde. Les raisons sont alors différentes mais le résultat reste le même. Comment agir alors? Ce que je retiens de mon expérience, c’est que partout sur la planète, je peux faire une différence. Je peux adapter ma façon de réduire mon impact sur le gaspillage alimentaire en comprenant mieux le pays qui m’accueille. Les actions que je vais entreprendre seront donc différentes qu’à la maison. Au Moyen-Orient, j’ai appris à REFUSER pour éviter de contribuer au gaspillage alimentaire. Je refuse le pain lorsque je n’en veux pas au restaurant ou les noix servies automatiquement lorsque je commande un breuvage. Chez moi, ce n’est pas l’action que j’utilise le plus pour éviter le gaspillage alimentaire mais, ici, au Moyen-Orient, c’est l’action qui est la plus utile et en lien avec la source du problème.

Alors, je vous souhaite de continuer de voyager si vous êtes un voyageur mais, de le faire de façon responsable et réfléchie! Enjoy!

Élisabeth Chevrier

Membre du comité Sauve ta Bouffe


    

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2 Responses to Le gaspillage alimentaire traverse les frontières

  1. Mariane Lafrance 02/07/2018 at 4:08 #

    Je suis bien d’accord avec toi ! Quel beau témoignage! …je partage …merciii

    • Sauve ta bouffe 10/07/2018 at 8:23 #

      Merci!

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